Optimistes de guerre, optimistes de combat par P. Gabillet

Il est des jours, il est des semaines où l’optimisme, même celui des moins pessimistes d’entre nous, peine à se frayer un chemin dans les méandres des cerveaux stupéfaits et des cœurs meurtris.
Et que les massacres terroristes du vendredi 13 novembre 2015 aient été perpétrés aux dernières heures de ce qui aurait dû être la Journée de la Gentillesse rajoute à la sidération autant qu’au désarroi.
Que répondre, dans les jours qui ont suivi, à toutes celles et à tous ceux qui m’ont demandé : « Mais comment peut-on rester optimiste en de telles circonstances » ?
Je ne pouvais à cet instant que leur répondre une seule chose : « Si vous ne pensez pas que l’optimisme puisse vous aider – individuellement et collectivement – à traverser une telle épreuve, essayez avec le pessimisme, et vous comprendrez… ».

Tout est là. Ce qui fait la force de l’optimisme, en particulier dans les moments de tragédie, c’est qu’il est avant tout un pari, un pari sur la vie, sur la beauté fondamentale attachée au fait de vivre et, en l’occurrence, de vivre ensemble.
Eric-Emmanuel Schmitt a écrit : « Il est dommage que l’optimisme soit si souvent confondu avec sa caricature ». Car être optimiste, ce n’est pas toujours être positif, loin de là ; c’est encore moins être de bonne humeur à chaque instant ; ce n’est pas non plus être joyeux par principe.
Il faut nous souvenir que le point de départ philosophique de l’optimisme et du pessimisme est identique : le Mal est en ce monde. Mais là où le pessimisme conduit tôt ou tard à renoncer, à consentir au Mal (à quoi bon lutter, nous sommes faibles, ils sont forts, il n’y a pas de solution, le risque zéro n’existe pas, il y aura d’autres attentats, etc.), l’optimiste fait le pari de se redresser, de croire en la force de résistance, donc en la force de vie.

L’optimiste est celui qui décide de « rugir », selon l’expression de Winston Churchill, qui le 13 mai 1940, devant la Chambre des Communes déclara : « Je n’ai rien à offrir que du sang, de la peine, des larmes et de la sueur (…) Vous demandez quel est notre but ? Je peux répondre en un mot : la victoire, la victoire à tout prix, la victoire en dépit de la terreur, la victoire, aussi long et dur que soit le chemin qui nous y mènera ; car sans victoire, il n’y a pas de survie ».

Un mois plus tard, le 18 juin 1940, sur les ondes de la BBC, une autre voix s’élève, et une affiche « À tous les Français », signée du Général de Gaulle, est placardée sur les murs de Londres. On peut y lire : « La France a perdu une bataille, mais la France n’a pas perdu la guerre (…). Rien n’est perdu car cette guerre est une guerre mondiale. Dans l’univers libre, des forces immenses n’ont pas encore donné. Un jour, ces forces écraseront l’ennemi. Il faut ce jour-là que la France soit présente à la victoire ».

Être optimiste, à l’heure de l’affrontement et de la résistance, ce n’est pas se lamenter sur le risque qu’il y aurait à se battre. C’est parier sur la force de l’action et de la volonté pour renforcer la victoire. C’est rester optimiste sur le but poursuivi tout en acceptant avec réalisme les épreuves que l’on rencontrera sur le chemin à parcourir.
La nature fondamentale de l’optimisme est remarquablement décrite par le psychiatre Christophe André qui y voit « une confiance a priori envers l’avenir » assortie de « la conviction qu’en cas de problème, on saura réagir ».
Être optimiste, comme le mot l’indique avec évidence, c’est d’abord « optimiser » la réalité telle qu’elle se présente, en particulier sous ses aspects les plus dramatiques ou douloureux.

Face à l’épreuve, et une fois passé le temps du recueillement et du deuil, l’optimiste se demande à chaque instant « Et maintenant que faire ? » ou plutôt « Que puis-je faire, que pouvons-nous faire de ce qui nous est arrivé, maintenant que c’est arrivé ? ».
La meilleure réponse ne serait-elle pas de continuer à vivre ensemble, à faire des projets, à créer des liens d’amitié et d’amour, envers et contre tout ?

Contrairement à son pessimisme sociologique souvent mis en lumière par certaines enquêtes, la France démontre aujourd’hui qu’elle est profondément optimiste. Optimiste car notre pays possède des forces, des atouts, des capacités de riposte à l’extérieur autant que de résistance à l’intérieur. Depuis une semaine, les forces militaires et les forces de police dans le cadre de leurs missions, mais aussi les intellectuels dans les colonnes des magazines, les artistes sur scène, ainsi que tant de citoyens dans les rues, les bureaux ainsi qu’aux terrasses des cafés, n’en finissent pas d’agir – chacun à son niveau – au service d’une communauté d’espérance.

Nous savions déjà que l’optimisme était une énergie d’action et de persévérance face aux adversités de toutes sortes ; l’horreur du 13 novembre vient nous rappeler que l’optimisme est aussi une énergie de résilience face à toutes les terreurs et toutes les barbaries.

Que l’optimisme, force de vie, retrouve sa place dans nos esprits et dans nos cœurs !

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